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Galerie Les Filles du Calvaire

EVENT
Exhibition Detail
Rétrospéctive en quatre-vingts photographies
17 rue des Filles du Calvaire
75003 Paris
France


October 15th - November 21st
Opening: 
October 15th 6:00 PM - 9:00 PM
 
,Gilbert GarcinGilbert Garcin
© Courtesy of the artist and Galerie Les Filles du Calvaire
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.fillesducalvaire.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
paris@fillesducalvaire.com
PHONE:  
+33 (0)1 42.74.47.05
OPEN HOURS:  
Tue - Sat 11am-6:30pm
TAGS:  
photography
> DESCRIPTION

Histoire d’un jeune premier
… ou l’extraordinaire aventure de Monsieur Garcin vue par une galeriste encore sidérée


Gilbert Garcin est un jeune premier qui célèbre pourtant ses 80 ans cette année, dont quinze d’une carrière fulgurante, plaisir que nous avons le bonheur de partager avec son public et ses nombreux aficionados par une exposition rétrospective et la parution d’un bel ouvrage chez son éditeur fétiche, Filigranes.
Cela peut paraître saugrenu, voire déplacé, de traiter M. Garcin de jeune premier, mais rassurez-vous, il ne m’en voudra pas, bien au contraire… En général, il en rigole discrètement, avec le ravissement faussement modeste de la star très respectée qu’il est devenu ! Pour mieux éclairer ce succès, voici un résumé des origines de son aventure.
Tout d’abord, c’est en mai 1998, à l’instar de milliers d’autres spectateurs depuis lors, que je suis tombée en arrêt devant les mises en scène pourtant toutes simples de Gilbert Garcin. Je l’ai découvert grâce à un grand révélateur de talents, Rui Prata, directeur du festival Encontros da Imagem de Braga, (Portugal) car il fit sa première exposition lors de ce festival. Mais c’est surtout la rencontre avec Gilbert Garcin et sa délicieuse femme Monique qui me séduisit : leur fraîcheur inattendue, un humour pince-sans-rire, mélange subtil de Marseillais et de Londonien, une simplicité à toute épreuve liée à une vraie fausse modestie… C’est ainsi que Mister G. – comme je le surnomme tel un clin d’oeil à ses pairs : Messieurs Tati et Hitchcock – me plut tout autant que ses photographies : grand monsieur dégingandé mais très charismatique avec sa belle tête ovale émergeant bien droite de son grand imper, m’expliquant qu’il avait tout bonnement eu envie d’une seconde vie et qu’il s’était rendu pour cela aux stages d’Arles trois ans auparavant pour apprendre le photomontage. Depuis lors, il avait imaginé un personnage dont il porterait la défroque à l’instar d’un Tati, à qui il avait emprunté le chapeau dans ses premières images. Ce personnage, incarnation ambiguë de lui-même, tel une projection narcissique ou modèle idéal deviendrait l’interprète faussement burlesque de situations mises en scène.
Pour le reste, il avait cherché une méthode de création pouvant lui permettre de développer ses idées de manières autonome et économique - car « évidemment » il s’agissait au départ d’un éventuel amusement. Naturellement l’investissement se devait d’être avant tout un plaisir intellectuel et le fruit d’un travail personnel qui lui permettrait d’occuper au mieux sa vie et celle de sa femme par des rencontres et des voyages pour les années à venir car à l’évidence la seconde partie de leur vie se devait d’être motivante !

Le plaisir du voyage, pourquoi pas ! L’amusement également, mais cette aventure prenait un tour inattendu car cela se mêlait à un rêve d’artiste assumé ainsi qu’à un curieux mélange de spontanéité et de rationalisme, le tout chez un homme de 65 ans ! Tout cela paraissait effectivement si simple et humain, voire faussement naïf, mais le résultat en seulement trois ans de prétendu amusement parlait pour lui-même, et me suggéra mon propre plaisir !

Par la suite, ce qu’il disait se révéla être vrai tandis que lui-même s’avéra très attachant – même si sa personnalité peut être aussi ambiguë que le personnage qu’il s’est construit. En effet, Mister G. n’est pas plus facile d’accès que l’énigmatique M. Hitchcock, et son oeuvre n’est pas aussi évidente que pourrait nous le faire croire une analyse par trop superficielle de ses photographies. Je découvris ainsi, au fil du temps, un véritable artiste – parfois complice, parfois distant, parfois pétaradant –, doutant en coulisse de lui-même malgré une apparente aisance heureusement consolidée par un caractère bien trempé de Marseillais philosophe et têtu. En effet, à 70 ans et en pleine envolée, Gilbert Garcin passait, somme toute, par les affres d’un jeune artiste tout en cherchant à atteindre ses rêves « inavouables de succès » avec la ténacité d’un ancien patron de PME et surtout avec la volonté irrépressible d’un septuagénaire lucide sur le temps qui s’amenuise.

Parallèlement, Monsieur Garcin doubla son pragmatisme d’une méthode rigoureuse qu’il établit dès l’origine en travailleur obsessionnel et comme tout artiste sérieux. La sienne est simple et effectivement économique : après quelques réflexions humanistes, ou à partir de quelques recherches sur des thématiques universelles, qu’il pourrait éventuellement désirer incarner, il se donne pour tâche de réaliser quotidiennement des croquis de situations au potentiel emblématique ainsi que des photos de lui-même en correspondance. Il se sert par la suite de sa figurine découpée et parfois de celle de sa femme en la (les) plaçant dans une maquette construite avec des matériaux basiques (colle, cordelette, ciseaux, encre, papier, photos, etc.) à l’échelle d’une table. Enfin, il réalise un minireportage photographique éclairé par deux vagues spots de jardin dans le minuscule cabanon de son grand-père à La Ciotat. Cette démarche accomplie, et au terme d’une sélection drastique, il se décide pour une seule image, et encore pas toujours, car l’échec est souvent au rendez-vous, comme le précise Gilbert Garcin en créateur philosophe. Chaque année ont émergé ainsi entre dix et quinze photographies, selon le succès du cheminement artistique, et après dix années s’est constitué un corpus impressionnant de plus de trois cents photographies.

Le plus sidérant est que Gilbert Garcin nous touche encore et toujours par ses petites mises en scène subtilement bricolées. Et si le charme opère, c’est que dans ces « petites philosophies », il nous parle d’évidences qui nous concernent tous : celle de la vie qui s’écoule, du temps qui fuit, de la ténacité qu’il faut pour continuer, que finalement la fausse modestie n’a pas lieu d’être et qu’il faut savoir s’engager. Mister G. nous évoque en images qu’il est préférable de « faire de son mieux » (1999), même si on fait « le paon » (1997) tout en « connaissant ses limites » mais en visant « le coeur de la cible » (1998) car au fond on ne fait que « rejouer de vieux airs connus », celui de Narcisse ou celui de Sisyphe et d’Atlas, qui est de toute façon tantôt heureux tantôt malheureux car il aura toujours le poids du monde sur ses épaules… Et s’il faut, bien sûr, prendre quelques « précautions élémentaires » (2002) pour se préserver et s’il faut savoir notamment « garder son indépendance » (1999), il est nécessaire de « courir après le temps » (1995) car au fil de celui-ci « le plus court chemin » (2004) finit par se dessiner de lui-même jusqu'à « la dernière ligne droite » (2000). Et, malgré tout ou grâce au « regard des autres », sa « soif d’absolu » peut éventuellement aider à « changer [un peu] le monde1 » et à « conquérir [un peu] d’espace » poétique. À l’évidence : à chacun « le choix des moyens » (2004), pour lui il est devenu tant « l’artiste [que] son double » car « la tentation » (2003) a été trop grande de s’incarner lui-même, même s’il n’est au fond qu’un « funambule » sur papier, sans aucune certitude. De toute manière, le seul et « dernier miracle », c’est lui et sa femme et leurs 160 ans bien préservés dans leur « tour d’ivoire » qu’ils ont construite lors de « leur union16 » il y a maintenant cinquante-cinq années. Et par « crainte de l’ignorance », Mister G. nous invite à regarder « le dessous des choses » (2001) sans trop se fier « aux promesses du seigneur » ni aux « incertitudes de la reproduction » car sinon on risquerait de « vivre dans un désert » (1997), et il vaut mieux « lorsque le vent viendra » (2007), « s’être aimés » et avoir su préserver une « récolte tardive » à deux plutôt que d’avoir commis « l’irréparable » (2003) et d’avoir à subir « la colère divine » (2002) pour avoir été par trop « ambitieux » (2003) !

 

The story of a tyro
… or the extraordinary adventure of Monsieur Garcin seen by a gallerist who is still under the shock


Gilbert Garcin is a tyro who this year will be celebrating his eightieth birthday and fifteen years of a dazzling career. We are happy to share this pleasure with his public and his many fans by putting on a retrospective and publishing a handsome volume from his favourite publisher, Filigranes.
It may seem absurd, or even out of place, to speak of Monsieur Garcin as a tyro, but don’t worry, he won’t mind – quite the contrary. He usually responds with a quiet chuckle and the falsely modest delight of the highly respected star that he now is. In order to shed a little light on his success, I shall briefly recall how it all started.
First of all, it was in May 1998 that, like thousands of others since, I found myself standing and staring at the artful yet very simple arrangements of Gilbert Garcin. I owed this discovery to that great talent scout Rui Prata, director of the Encontros da Imagem in Braga, who gave Garcin his first exhibition at the festival. The spell was even more powerful when I met Gilbert and his delightful wave Monique, what with their surprising youthfulness, his deadpan humour, a subtle mix of Marseille and London, and unfailing simplicity combined with real false modesty. Yes, I found Mister G. (I use this sobriquet in reference to his peers, Messrs Tati and Hitchcock) just as fascinating as his photographs: this lanky, charismatic gent held his handsome oval head straight above his mack and explained that, quite simply, he had decided he wanted a new life and had to that end attended the photomontage courses in Arles three years earlier. After that, he had come up with this character got up a bit like Tati, whose hat he borrowed for his first pictures. This persona, an ambiguous embodiment of his own self, like a narcissistic projection or ideal – because always willing — model, was set to become the falsely “slapstick” actor in scenes of his own devising.
Apart from that, he looked for a creative method that would enable him to develop his ideas both freely and inexpensively, because, of course, all this started out as a way of maybe having a little fun. Naturally, this investment was to be made principally for the intellectual enjoyment, and the work would be something that would keep him and his wife happily busy meeting people and travelling in the years to come, because of course this new life needed to be a stimulating one.

The pleasure of travel and fun were two good reasons, but all this took an unexpected turn as Mister G. began quite openly to dream of being an artist and pursuing his goal with a curious mix of spontaneity and rationality. And all this at the age of 65! It did indeed seem so simple and human, or even falsely naïve, but the results of only three years of “amusement” were plain to see, and were giving me some serious fun, too!

Later, I discovered that what he told me was true and that he has a beguiling personality, even if this can sometimes be as ambiguous as the persona he has created. For as it happens, Mister G. is no easier to fathom than the enigmatic Mr. Hitchcock, and his work is not as simple as a superficial reading of the photos might suggest. Over the years, too, I got to know a genuine artist, at times close and cooperative, at others distant, at others rambunctious; a man prone to doubt when off stage, in spite of the apparent assurance, which is compounded by his entrenched Marseillais mix of philosophy and stubbornness. The fact was that, in his seventieth year and in his brilliant ascent, Gilbert Garcin was going through all the torments of the young artists while at the same time pursuing his “unsayable dreams of success” with all the tenacity of an ex-businessman and, above all, the iron will of someone who knows that time is not unlimited.

To his pragmatism Mister G. added a rigorous method that, as an obsessive worker, and like any serious artist, he established at the outset. This method is both simple and, indeed, economical: after a spot of rumination on humanist notions or basic universal themes that he might wish to act out, he sets himself the daily task of sketching out emblematically resonant situations and taking the corresponding photographs of himself. He then cuts out his figure, and sometimes that of this wife, and places it (them) in a model built using basic materials (glue, string, scissors, ink, paper, photos, etc.) that will fit on a tabletop He now holds a mini-photography session lit by two approximate gardens spotlights in his grandfather’s tiny shed in La Ciotat. Once he has done all this, the selection process is draconian. Only one image will be chosen, and sometimes none, for as Garcin philosophically acknowledges, sometimes an ideas doesn’t work. Still, at the rate of ten to fifteen photographs a year he has, over the last decade, built up quite an impressive corpus of over three hundred pictures.

The really astonishing thing is that Garcin never fails to hit the emotions with his subtle little scissors-and-glue stagings. The reason is that in these “philosophical titbits” he speaks of truths that concern us all: the transience of life, the flight of time, the tenacity one needs to keep going, the fact that there is no room for false modesty, that one must commit to something. In his images Mister G. shows us that it is preferable to “do one’s best” (1999), even if one struts like a “peacock” (1997) while at the same time “knowing one’s limits” but still aiming for the “bull’s eye” (1998) because in the end all one’s doing is “playing a well-known tune” about Narcissus or Sisyphus and Atlas, who is sometimes happy and sometimes sad but will always carry the weight of the world on his shoulders. And while one must of course take a few “elementary precautions” (2002) in order to protect oneself, and though it is important to keep “one’s independence” (1999), we are always going to be “chasing after time” (1995) because as it passes the “shortest path” (2004) to the “home straight” (2000) will always become clear. And despite or because of “the scrutiny of others,” his “thirst for the absolute” may eventually contribute to “changing the world” and to poetic “space conquest.” Clearly, “the choice of means” (2004) is up to us. He has become as much “the artist” as “his double.” For the “temptation” (2003) to act himself was ultimately too great, even if at heart he is just a paper “tightrope walker” with no certitudes. In any case, the only and the “last miracle” is him and his wife and their 160 years of youthfulness up in “the ivory tower” that they have built in the course of their “union” which began fifty-years ago now. Out of the “fear of ignorance,” Mister G. invites us to consider the “hidden side of things” (2001) and not too trust too much in “the promise of God” or “the uncertainties of reproduction,” for we might otherwise end up “living in the desert” (1997). He tells that “when the wind comes” (2007) it is better “to have loved” and to have preserved a “late harvest” together than to have reached “the point of no return” (2003) and brought down “the wrath of god” (2002) for one’s “driven ambition.” (2003)!


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